Les services rendus par la forêt.

Les forêts, réserve de vie

Les forêts sont biologiquement plus diverses que tout autre écosystème terrestre. Elles couvrent environ 31% de la surface de la Terre, soit près de 4 milliards d’hectares, et contiennent plus du deux tiers des espèces vivantes terrestres. Les forêts tropicales qui ne constituent que 6% des terres émergées, possèdent plus de la moitié de la biodiversité terrestre. Etant la plus vaste forêt tropicale humide au monde, la forêt amazonienne détient une importante biodiversité. Le bassin amazonien à lui seul abrite un quart des espèces terrestres (Convention sur la diversité biologique, 2011).

La vie humaine est intrinsèquement liée à la biodiversité. Si nous pouvons modifier notre relation à la nature, nous ne pourrons en modifier notre dépendance. L’homme se sert des services que nous rend la nature et nous leur devons tout en termes d’existence.

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Selon la FAO, plus de 1,6 milliards d’individus dépendent des forêts comme source de revenus. La biodiversité forestière est la base de plus de 5000 produits commerciaux : lin, coton, huiles aromatiques, huiles essentielles, miel, résines, champignons, caoutchouc, produits pharmaceutiques… Nous connaissons bien ces produits générés par les forêts. Ces services d’approvisionnement représentent à nos yeux une valeur marchande. Par contre, de nombreux services fournis par les forêts ne sont pas reconnus ou sous-estimés dans notre économie de marché, alors qu’ils sont indispensables, c’est par exemple le cas des services de régulation ou culturel (voir ci-après).

Or, chaque année, 13 millions d’hectares de forêts disparaissent (principalement dans la zone tropicale) notamment parce que le marché actuel ne parvient pas à reconnaitre les services rendus par les forêts.  Afin de mettre fin à leur destruction, il faut connaître et comprendre l’intégralité des services qu’elles nous rendent.

Les services de régulation de la forêt

Les services de régulation fournis par les forêts sont les bénéfices obtenus par les processus écosystémiques.

Services naturels

Régulation du climat

A l’échelle globale, les forêts jouent un rôle important dans le climat  en séquestrant du CO2, gaz à effet de serre. Les arbres captent du carbone par la photosynthèse dont une partie est incorporée dans les matières organiques et l’autre est rejetée par la respiration ou indirectement par la décomposition de feuilles mortes, débris et racines mortes. Le bilan de ce flux de carbone est que la quantité de CO2 fixée est supérieure à celle rejetée, ce qui confère aux forêts un statut de « puits de carbone ». En revanche, les émissions causées par la déforestation et la dégradation des forêts contribueraient à plus de 15% des émissions annuelles mondiales totales de gaz à effet de serre (Convention sur la diversité biologique, 2011).

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Les forêts tropicales peuvent aussi « refroidir » la Terre par évapotranspiration d’énormes volumes d’eau et la création de nuages qui réfléchissent la lumière du soleil vers l’espace. La forêt amazonienne à elle seule rejette autour de 8 milliards de tonnes de vapeur d’eau dans l’atmosphère chaque année.

Atténuation des effets des inondations, tempêtes et érosion du sol

Les forêts constituent une protection naturelle contre les tempêtes, inondations et glissements de terrain. Elles jouent un rôle protecteur primordial pour des millions de personnes qu’ils vivent dans les terres ou en façade maritime, jouant le rôle de tampon entre l’eau, le vent et les habitations. De plus, les forêts contrôlent le ruissellement des eaux en stockant l’eau de pluie puis en la rejetant progressivement dans les aquifères, ce qui réduit les risques d’inondation et de glissement de terrains.

Régulation de l’eau

Une étude de 2005 de la NASA a révélé que la fumée issue des forêts brûlées inhibe la production de nuages et donc diminuent les précipitations. Par ailleurs, en remplaçant la forêt tropicale par des terres d’agriculture ou d’élevage on augmente la réflectivité de la terre, on absorbe moins l’énergie du soleil  et on diminue en conséquence le régime des précipitations. Agissant comme des pompes, les forêts entrainent les précipitations à partir des zones côtières dans les zones continentales.

Purification de l’eau

La forêt non seulement génère l’eau mais aussi  la nettoie. Elle agit comme une véritable station d’épuration, filtrant polluants, métaux lourds, azotes à travers les systèmes racinaires avant de venir se reposer dans les nappes phréatiques pour poursuivre son long cycle de l’eau. Trois quarts de l’eau douce accessible provient des bassins versants des forêts ; les forêts purifient l’eau potable du deux tiers des grandes villes des pays en développement. Un autre exemple en pays développé cette fois, celui de la ville de New York qui préfére restaurer les fonctions écologiques du bassin versant alentour d’où provenait l’eau plutôt que de construire et exploiter une station de traitement (économie réalisée : 80% du coût de la construction d’une nouvelle station sans compter les frais d’entretien).

Pollinisation

abeille© C. Magdelaine / notre-planete.info

Certes tous les pollinisateurs ne se trouvent pas dans la forêt, cependant lorsque l’on sait que la forêt contient plus des deux tiers des espèces vivantes terrestres, on en déduit l’importance de cet habitat pour les pollinisateurs. Les pollinisateurs incluent les insectes comme les papillons, les abeilles, certaines mouches, les charançons, mais aussi les oiseaux tels les colibris ou encore les mammifères comme certaines chauves souris. Ils sont responsables d’environ un tiers de la production mondiale de nourriture (fruits, légumes, oléagineux, certaines légumineuses, café, cacao, épices…) dont les trois quarts des cultures vivrières. Plusieurs études ont aussi montré que la diversité des pollinisateurs peut augmenter la productivité ainsi que la stabilité des communautés végétales (INRA, 2088).

Services culturels et sociaux

Les services culturels et sociaux sont des bénéfices non-matériels que nous offrent les forêts : l’inspiration, le divertissement, l’enrichissement spirituel, la réflexion, la découverte scientifique, l’épanouissement esthétique, l’éducation…

Source d’inspiration

Les forêts offrent une source d’inspiration riche pour l’art, le folklore, les symboles nationaux et l’architecture. « La nature est un temple où de vivants piliers… », Baudelaire.

Valeurs esthétiques

Nous sommes nombreux à apprécier la beauté des paysages de forêt se qui se reflète par exemple dans les visites des parcs ou le choix de localisations pour construire des maisons.

Valeurs patrimoniales

Beaucoup de sociétés attachent de l’importance aux paysages historiquement importants (dit « paysages culturels ») ou aux espèces ayant une signification culturelle (par exemple, l’importance culturelle du baobab au sein des sociétés africaines).

Récréation et éco-tourisme

foret© C. Magdelaine / notre-planete.info

Les forêts nous servent souvent de lieux de vacances, de repos, de relaxation, de méditation. L’écotourisme (caractérisé par le concept de voyage responsable dans les espaces naturels et découverte de la nature) est l’une des branches les plus dynamiques du tourisme mondial avec une croissance d’environ 20% par an (ONU, 2011).

L’économie et la nature : responsabilité des entreprises

L’évaluation de la valeur financière des services écosystémiques fournis par les forêts représente un dé? herculéen. Les premiers à avoir tenté d’estimer la valeur totale annuelle des services écosytémiques fournis par la biosphère sont Robert Costanza et ses collaborateurs du Guind Institute for Ecological Economics (1997), qui l’évaluèrent à environ 33 000 milliards de dollars (contre 18 000 milliards de dollars pour le PIB mondial) !

Des analyses chiffrées plus spécifiquement sur les forêts ont aussi été produites.

L’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire (EM) a été commandée en 2000 par le Secrétaire général de l’ONU. Plus de 1 360 experts issus de près de 50 pays ont contribué à la construction de ce rapport, afin d’évaluer l’ampleur et les conséquences des modifications subies par les écosystèmes de notre planète.

Un des principaux constats dans ce rapport est qu’un nombre restreint de personnes bénéficient des activités provoquant une réduction, voir perte, de services écosystémiques. Cette réduction de services amène souvent des coûts dans le long terme pour l’ensemble de la société (coûts collectifs négatifs) et qui sont généralement plus élevés que les profits ayant été obtenus par l’activité générant la modification de l’écosystème. Pourtant, le plus souvent, l’écosystème est tout de même modifié parce que d’une part les coûts collectifs causé par la réduction des services n’ont pas été calculés et intégrés dans le processus de décision et d’autre part les gains privés sont importants. Selon une étude de l’Union Européenne, le coût de l’inaction et de la dégradation des services représenteraient jusqu’à 7% du PIB mondial par an en 2050 (Braat et ten Brink, 2008).

Ainsi, il a été estimé qu’environ 3 000 entreprises dans le monde provoqueraient des impacts environnementaux s’élevant à plus de 2000 milliards de dollars, soit environ 7% de leurs revenus consolidés et jusqu’à 1/3 de leurs bénéfices(UNPRI, 2010). Pourtant seules 9% des entreprises françaises mettent en place une politique de  biodiversité (MEDDTL, 2010). La responsabilité des entreprises est à la fois directe et indirecte :

  • Directe, par le prélèvement des ressources naturelles (secteurs agroalimentaires, pharmaceutique, textile, papetier, forestier, extraction minière…) et par la fragmentation des milieux et les pollutions chimiques (secteurs du transport, BTP, tourisme, énergie, agriculture…).
  • Indirecte, par le choix et les pratiques des fournisseurs, par l’influence dans le choix des consommateurs, par le financement de projets.

Selon l’enquête 2010 du ministère de l’environnement, 2/3 des entreprises seraient conscientes de leurs impacts négatifs sur la biodiversité et 40% pensent que la perte de la biodiversité affecte déjà ou affectera leur activité. A l’échelle mondiale 30% des PDG interviewés estiment que l’appauvrissement de la biodiversité est une menace pour la croissance économique. Pourtant à peine 36 % des entreprises déclarent avoir une politique environnementale et parmi elles, seulement un quart intègre la biodiversité dans cette politique.

Politique environnementale des entreprises

Plusieurs modèles ont été proposés pour permettre aux entreprises de réduire leur impact sur l’environnement et intégrer les services rendus par la nature dans leur activité, dont voici quelques exemples.

Paiement pour services environnementaux (PSE)

Le concept de PSE consisterait  à payer pour bénéficier des services écosystémiques. Plus précisément, le PSE est un instrument économique permettant d’obtenir d’un producteur, par un paiement, qu’il modifie ses pratiques dans un sens favorable à l’environnement, sans qu’il y soit forcé par la loi ou par une norme. En 2011, l’Agence Française de Développement (FAD) a fait été d’un rapport complet sur les différents mécanismes de PSE et leurs exemples.

Le développement de produits ou services qui préservent les écosystèmes

Un exemple est le développement de l’agriculture biologique qui est une méthode de production agricole basée sur le respect du vivant et des équilibres naturels. Ainsi, elle exclut l’usage d’engrais chimiques de synthèse, de pesticides de synthèse et des OGM. Selon la FAO, le marché des produits biologiques dans les pays développés devrait augmenter d’environ 5 à 10 % par an dans les trois prochaines années.

Les dépenses volontaires des entreprises en faveur des écosystèmes (mécenat d’entreprise)

Le mécénat pour l’environnement ne représente que 10% du mécénat en France, après la culture et la solidarité, alors que c’est un outil indispensable pour promouvoir le changement de notre société dans une direction plus respectueuse et favorable pour l’environnement.  Grâce à l’initiative d’ONG, les entreprises sont sensibilisés afin qu’elles prennent conscience de leur impact sur l’environnement et fassent un geste en sa faveur. Pour exemple, Envol Vert est une ONG française qui a pour objectif la protection de la forêt tropicale et de la biodiversité en établissant des partenariats avec des entreprises afin qu’elles puissent s’impliquer dans des projets concrets, principalement en Amérique latine.

Difficultés et échéances

La non-intégration des valeurs des services rendus par les forêts dans la prise de décision économique a entraîné des activités ayant un impact néfaste sur l’environnement. On estime que jusqu’à un milliard d’hectares, représentant environ un quart de toutes les terres forestières, doivent être restaurées pour pouvoir nous fournir les services écosystémiques (Convention sur la diversité biologique, 2011).

Les scientifiques prévoient que si la population mondiale atteint le chiffre de 8 milliards en 2030, les ressources sur la terre seront soumises à des pressions considérables qui pourraient entrainer des pénuries. Le problème qui se pose à nous est de garantir que la nature puisse continuer à assurer ces services face aux pressions. Si les activités forestières persistent avec des approches conventionnelles, cela engendrera la perte de services écosystémiques et nécessitera des alternatives coûteuses. Alors que si nous investissons dans les forêts, nous réaliserons non seulement des économies mais aussi garantissons notre survie à long terme.

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